18 avril 2007
La formatrice de Français
Dès le début, elle nous a paru louche.
"Donnez-leur l'occasion de réussir quelque chose" nous a-t-elle conseillé pour la première évaluation. Nous avons donc concocté des épreuves simplissimes, que les élèves nous ont faites avec une foultitude de fautes d'orthographe. Alors déjà, il ne faut plus dire faute, mais erreur orthographique, le mot faute étant religieusement connoté. Soit. Mais que faire pour remédier à ça? Notre formatrice ne sait pas. Elle nous explique simplement que les élèves pourraient être traumatisés par la quantité de corrections en rouge dans leurs copies. Nous nous regardons avec incrédulité. Petit à petit nous comprenons le sens de son propos: après tout, l'orthographe n'est pas si importante! Voyant nos airs étonnés, elle se lance tout de même dans une réflexion sur les possibilités de remédiation. Ou plutôt, elle nous demande comment faire. Y a-t-il parmi nous d'anciens cancres en orthographe? Oui: moi. En Cinquième, j'avais régulièrement entre 0 et 5 sur 20 en dictée. Et ce qui m'a sauvée, ce sont les dictées hebdomadaires, la répétition incessante des règles d'accord des participes passés. Bien sûr, ma réponse ne plaît pas à ma formatrice. Et là, un camarade vient à ma rescousse. Sa grand-mère, paysanne, famille d'analphabètes, a également acquis une orthographe irréprochable grâce à la bonne vieille méthode: la dictée. La formatrice met fin au débat.
Conclusion: l'Education Nationale se fiche de l'orthographe (mais pas l'employeur. C'est ballot, hein?)
Après la première tournée de visites, nous commençons à nous demander si le discours rassurant sur nos compétences est en adéquation avec les rapports que les formateurs écrivent sur nous. Car certaines remarques nous inquiètent... Je commence sérieusement à me demander si je ne vais pas exploser un jour à l'IUFM et expliquer à la formatrice de Français que ses cours sont nuls, mais mes collègues m'en dissuadent.
Au cours suivant, nous commençons, comme d'habitude, par un tour de table. Chacun raconte sa petite semaine et la formatrice prend des notes. Frénétiquement. Je me demande ce qu'elle fait de tout ça. Puis, elle nous distribue une fiche avec des questions, dont une qui est mal formulée et que nous lui demandons de préciser. C'est alors qu'elle nous pose la question de savoir si c'est au contact de nos élèves que nous perdions nos capacités intellectuelles!
La matinée se termine par une remarque qui nous enchante: "bâtir une séquence, ce n'est pas quelque chose de bien difficile". Il doit effectivement y avoir quelque chose qui cloche avec nos capacités intellectuelles...
L'après-midi, nous sommes cinq. Les autres préfèrent sécher. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je n'en ai pas fait autant. La formatrice aimerait que nous fassions un bilan de notre formation à l'IUFM, et nous laisse un quart d'heure seuls pour nous concerter. Elle a dû entendre à travers les murs tellement nous avons hurlé. Ce que nous lui disons, c'est que nous regrettions de ne pas savoir où nous allions, et qu'on avait l'impression de ne rien faire. Nous aimerions travailler et avoir un cours. La formatrice a pris beaucoup de notes et a eu l'air de prendre toutes nos remarques en pleine figure.
En Histoire-Géo nous avons également droit de faire un premier bilan de la formation. Le formateur n'est certes pas parfait, mais un peu plus rigoureux dans ses conseils qui ne sont qu'individuels. C'est-à-dire que pendant les cours, nous planchons chacun sur nos propres séquences que nous lui demandons ensuite de revoir. Quoi qu'il en soit, nous commençons à prendre du recul par rapport à nos pratiques.
Mais ce qui me manque, c'est de ne pas pouvoir approfondir mon travail avec ma conseillère pédagogique. Nos emplois du temps ne sont pas compatibles et il faut prendre sur nos samedis pour travailler un peu. Je crois que nous sommes trois à avoir droit à ce privilège. J'ai encore un énorme besoin d'aide et celle que je reçois de l'IUFM est quasi nulle. A ce stade de l'année, je suis en colère contre ma conseillère que je ne trouve pas assez disponible!! Etant donné qu'elle est la seule à suivre mon évolution et à m'apprendre quelque chose, je suis en fait en colère contre ce système qui n'a pas été pensé pour accompagner efficacement l'enseignant stagiaire.
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