01 mai 2007
Les deux premières semaines
Les deux premières semaines se passent très bien. Mieux que celles que j'ai vécues en tant que stagiaire. Je veux dire que j'ai des élèves qui arrivent en cours et s'assoient, sortent leurs affaires, suivent les cours. Et surtout ne font pas les pitres, ne cherchent pas à amuser la galerie.
Le lycée n'a pas encore fait le plein: mes listes comptent une dizaine d'élèves et tous les jours, j'en vois de nouveaux arriver. Comme cet établissement n'est pas demandé, il ne fait pas le plein et se remplit après la rentrée avec tous ceux qui n'ont pas trouvé de place dans l'académie.
Toutes les salles de classe sont dotées de serrures qui empêchent quiconque d'entrer dans la salle tout en permettant d'en sortir, comme dans certains hôtels. Pour l'instant, je n'en vois pas l'utilité, mais je vais vite changer d'avis!
Quant à mes collègues, je pourrais les ranger en trois catégories:
- les paumés sympas: néotitulaires débarqués de leur petite province tranquille, précaires divers catapultés ici parce que comme tous les ans, il manque plein de profs à la rentrée (personne ne veut d'un poste dans ce lycée...). Ce sont les seuls à venir dans la salle des profs. Faut dire qu'elle n'est pas très engageante: une fenêtre qui donne sur la cour, et côté rue, des soupiraux...
- les anciens sympas: ils ont leurs petites habitudes ici, et sont toujours prêts à donner un coup de main, apporter un peu de réconfort. Je ne les verrai qu'occasionnellement, car ils ne viennent pas souvent dans la salle des profs: ils préfèrent se retrouver dans leurs salles où ils se font des goûters. Ou boire un verre pour ceux qui se retrouvent dans les ateliers!
- les anciens pas sympas. Ils croient que tout ici leur appartient: faut pas utiliser leurs meubles, bien ranger leurs manuels, gérer leur établissement comme eux veulent. Les classes de Bac, c'est à eux. Tout le temps à gueuler et à protester. Se prennent pour les défenseurs des faibles, alors qu'ils ne font que les écraser, les faibles...
Les élèves
Ils viennent de tout le département. Certains ne s'inscrivent que pour avoir le statut de lycéen et toucher les allocations. Pendant les cours, ils dorment ou chahutent et quand ils n'ont pas envie de venir, en ces temps d'assiduité obligatoire, ils font tout pour se faire exclure de cours.
L'état de certains est inquiétant: ils passent leur temps à fumer des joints ou à boire. J'ai ainsi eu une élève saoûle en cours dont j'interprète les fous rires comme de la provocation. Jusqu'au jour où les pompiers la ramassent, complètement ivre, devant le lycée.
La violence est omniprésente: tout le monde, élève comme adulte, doit veiller sur ses affaires afin de ne pas se les faire voler. Il y a beaucoup de bagarres et de règlements de comptes. Si un prof a le malheur de laisser sa classe seule, il a de fortes chances de retrouver le mobilier dans la cour. Un jour je reçois la poubelle sur la tête en fin d'heure alors que je suis littéralement assaillie par les plus âgés qui me proposent des rendez-vous galants. Cette classe est un vrai cauchemar pour moi: je ne les ai qu'une heure par semaine et je mets un temps fou pour apprendre leurs noms. Ils profitent de chaque moment d'inattention de ma part. Certains d'entre eux me frappent même, à l'entrée, profitant de la cohue qui précède l'ouverture des portes. Je prends l'habitude d'arriver à la sonnerie pour éviter ce type de désagrément...
Les bruits les plus fous courent: il y aurait de la prostitution dans les toilettes, les filles n'osent plus y aller.
Du bruit aussi il y en a. En cours, bien sûr. Je dis bien sûr car le profil de pas mal d'élèves n'est pas vraiment celui qu'on attend d'un lycéen. Dans les couloirs aussi. Il y a sans arrêt du monde en train de circuler: les élèves qui sèchent, les élèves exclus... ils ouvrent alors les salles pour hurler des trucs aux élèves en cours ou donnent des coups de pied dans les portes.
Bien pratiques ces serrures finalement!
02 mai 2007
Les adultes
Beaucoup de mes collègues passent leur temps à râler contre l'attitude de la direction envers les élèves, les profs, les CPE.
Il est vrai que ce n'est pas toujours glorieux: les élèves ne sont pas respectés, ils sont qualifiés de bêtes, de délinquants qu'il faut parquer. Lors d'une intervention dans une de mes classes, les élèves sont traités de petits cons qu'il faut envoyer en apprentissage pour qu'ils apprennent ce que c'est que le travail...
Mais côté enseignants, ce n'est pas triste non plus. Les réactions sont souvent disproportionnées et injustes. Certains m'expliquent qu'ils ont leur tête de turc qui prend en cas de problème. D'autres élèves sont systématiquement exclus de cours alors qu'ils ne se sont même pas installés. Les collègues masculins s'installent dans le même cercle vicieux que les policiers de la BAC: c'est à celui qui écrasera l'autre.
Leur attitude m'influence aussi, mais je suis incapable de tenir ce "rôle" très longtemps. Je retombe dans les mêmes difficultés que l'année d'avant: un coup de je m'emporte, un coup je dialogue. Je ne sais pas encore mimer la colère, et il m'arrive de déraper verbalement. Je n'ai aucune autorité, alors que je suis soutenue par ailleurs.
En octobre, je n'ai qu'une envie: partir. Démissionner.
Mais pour faire quoi?
Ce qui me permet de tenir
Je m'explique:
1) Je passe mes soirées dans un bar du Marais où on m'offre tous les verres que je veux. J'y reste jusqu'à la fermeture et j'aide ensuite à ranger. Donc je rentre chez moi vers trois heures du matin, même lorsque je commence à huit heures.
2) Je passe mes nuits en boîte. Des boîtes de filles puisque j'aime les filles et la House music comme le dit l'une d'entre elles. Petite parenthèse: la boîte sus-nommée édite un fanzine hyper-drôle. Il faut que je vous montre ça (voyez l'album photo).
3) La grève de cinq semaines faite suite à une intrusion armée pendant une récré. Cinq semaines sans avoir les élèves en cours, cinq semaines à crier ma rage lors des AG, cinq semaines à nous indigner de nos conditions de travail. Mais ça, j'en reparlerai plus longuement une autre fois.
En plus de tout ça, je me suis inscrite à la fac pour préparer le concours d'entrée au CNESSS (maintenant, ça s'appelle EN3S). Je suis donc plongée dans le droit de la Sécurité sociale, le droit du travail, l'économie... Des fois je me demande comment j'ai pu concilier ça avec ma vie de patachon!
07 mai 2007
L'inspection
Comme j'étais sûre d'être inspectée étant néotitulaire, j'ai coché la case "inspection demandée" sur la fiche réservée aux inspecteurs. Voilà donc que l'inspection s'annonce... trop tard: lorsque le mot est déposé dans mon casier m'informant de la venue de l'inspectrice et de son souhait d'assister à un cours de Français, il est trop tard pour en informer les élèves. Nous sommes bivalents en Lettres-Histoire, mais pas nos inspecteurs! Donc quand ils viennent, ils désorganisent complètement notre emploi du temps et nos progressions en exigeant une séance dans leur spécialité.
J'ai donc un week-end pour préparer une séance d'introduction à une oeuvre complète en sachant que les élèves n'auront de toute manière pas leur livre. Une séance que je n'avais absolument pas prévue. La faute aussi à la direction qui a attendu le dernier moment pour me prévenir, alors qu'il y a tant de collègues qui le sont des semaines avant! Je passe deux jours à Beaubourg, fabrique une séance pas trop mauvaise et attends avec nervosité de passer sur le grill.
Le jour J, je croise l'adjoint dans les couloirs qui tente de me rassurer "Ne vous inquiétez pas, je lui ai parlé des élèves que nous avons ici..." Je monte dans ma salle, fais entrer les élèves, l'inspectrice arrive suivie du proviseur!! Je n'ai aucune envie de l'avoir comme spectateur, mais je ne peux m'opposer à sa présence. Les élèves aussi sont tétanisées (c'est une classe de filles). Mais leur effroi ne sera que de courte durée. Leur comportement est odieux: elles interviennent à tout propos, rigolent... et me laissent impuissante. Nulle. Totalement inefficace.
A la fin de l'heure, le proviseur s'en va sans rien dire, je me retrouve seule avec l'inspectrice. Et là tombe le verdict: c'est mauvais. Elle me débite tous mes défauts sans me ménager, n'a aucune parole encourageante, à part que mes objectifs étaient intéressants mais... J'essaie de me défendre, d'expliquer qu'on ne peut tout de même pas attendre d'un néophyte une quelconque efficacité ou autorité dans de pareilles conditions. Elle évacue l'argument d'un "si!" qui ne souffre aucune réfutation. Il y a bien un moment où elle me propose une "aide" sans en expliciter les modalités. En fait, c'est une simple question de forme. Comme ça elle pourra le mettre dans son rapport. Elle aura fait son devoir.
Je sors de là effondrée, complètement démoralisée et en colère.
Les collègues compatissent.
Et la vie continue.
Quelques jours plus tard, j'ai l'occasion de voir le proviseur qui me raconte l'inspection de sa femme, également enseignante. Sa conclusion sur cette institution me réconforte: ces gens n'ont aucun sens des réalités du métier. Il a beau être un peu bourru ce proviseur, jamais il ne me reprochera mon manque d'expérience ou d'autorité. Il ne m'en félicitera pas non plus, hein! Mais au moins, il n'agira pas contre moi. Pas comme un autre, deux ans plus tard, et devant les élèves en plus. Qui, persuadé de ma grande nullité, fera venir un autre inspecteur que j'accueillerai sans rien avoir préparé, assommée de calmants. Et dont le rapport ressemblera à une longue leçon de morale sur l'intelligence des élèves à laquelle je ne croirais pas.
C'est scandaleux! Que savent-ils de mes pensées? Qu'ils critiquent ce qu'ils ont vu et entendu, et non pas ce qu'ils croient déceler de mes convictions.
Quand je compare ces deux rapports, je me rends compte que le premier n'est pas aussi catastrophique que j'ai voulu le voir.
08 mai 2007
L'agression
C'est une belle journée de Novembre. Il fait encore très doux. Ce
jour là, mes élèves sont étrangement calmes et nous travaillons bien.
C'est pourquoi je n'ai aucune envie de descendre commencer une grève
surprise comme le suggèrent deux collègues qui passent dans toutes les
classes. Je crois que je leur réponds "oui, je descends tout à l'heure",
mais ils insistent en précisant qu'il s'est passé quelque chose de
grave. Je fais sortir les élèves et je descends dans la salle des profs
où l'ambiance est électrique. Un jeune a profité de la récréation pour
s'introduire dans l'établissement et a tenté de tuer un élève. Heureusement, l'arme à feu n'a pas fonctionné et il est reparti
aussi vite.
Les élèves sont évacués et le proviseur ferme
l'établissement car l'agressé a appelé ses copains de la Cité pour
organiser une expédition punitive. Il y aurait des tas de jeunes en
route vers le lycée. Nous rentrons également chez nous, après avoir
décidé d'entamer une grève reconductible et nous être donné rendez-vous
au lycée le lendemain matin.
11 mai 2007
la grève
Au début, les élèves étaient conviés à nos AG car certains s'imaginaient qu'ils seraient intéressés par nos débats et y participeraient. Je n'ai pas souvenir que ce soit arrivé. En revanche, je me rappelle d'une masse amorphe, endormie sous ses capuches, ou en train de discuter tranquillement. Il me semble qu'au bout d'un certain temps, nous ne les avons plus admis, mais au prix de longs débats entre nous. Certains collègues idéalistes voulaient profiter de ce temps mort pour tester d'autres moyens de faire cours. Pour moi, il était hors de question de faire ne serait-ce qu'une seule minute de cours, ou même de prendre des élèves un court instant pour expliquer notre démarche. Je traverse une crise d'allergie à l'enseignement, aux élèves...
Nos AG commencent très tôt, huit heures, 8 h 30 et nous discutons beaucoup de nos conditions de travail, témoignons de ce que nous vivons en classe. Tout le monde est là et veut s'exprimer. Cette psychothérapie de groupe correspond à un besoin réel. L'après-midi nous rédigeons des courriers au rectorat, à l'IA, à la presse, à la Région, aux parents... Le soir, je vais à mes cours du CNESSS et je révise pendant les AG.
Nous avons beaucoup de visites et nous rendons aussi visite à beaucoup de monde. Nous réclamons le classement en ZEP et sensible de notre établissement, ainsi que des travaux de rénovation, un sas d'entrée avec des caméras... Nous sommes également reçus au Ministère. Les journalistes viennent nous interroger et discuter avec les quelques élèves qui traînent encore aux alentours du lycée.
Au bout de trois ou quatre semaines, nous obtenons quelques promesses (des moyens matériels, des surveillants, des heures, le classement en ZEP) mais nous sommes très méfiants. Lors d'une AG où nous débattons pour savoir si nous devons cesser la grève ou pas, l'adjoint vient nous voir et se prononce pour la poursuite de la grève!! Il est très en colère, il ne veut pas que nous lâchions. Lui ne peut pas faire grève, mais je crois que ce n'est pas l'envie qui lui manque... Il est stagiaire et doit en baver autant que moi.
Certains collègues se retirent du mouvement, des tracts en faveur de l'une ou l'autre position sont distribués employant tous les registres, d'ironique à pathétique (le proviseur utilisera des termes comme traumatisé, souffrance, détresse, dignité bafouée, dépression dont il faut sortir car au bout de la dépression, il ne reste que la folie et le suicide... ça donne envie de bosser, non?) Une liste de non-grévistes est affichée et nous empêchons les élèves de ces collègues d'entrer dans l'établissement.
Je suis encore sous le choc de cet horrible premier trimestre et je n'ai plus envie de travailler. Plus jamais.
Les vacances de Noël approchent et nous poursuivons la grève jusqu'aux congés. Il faut bien s'arrêter un jour. Surtout que nous sommes nerveusement épuisés.
Nous obtenons immédiatement (et rétroactivement ) le classement en ZEP, des heures supplémentaires pour faire des dédoublements, quelques surveillants, un sas d'entrée, la rénovation dans l'année, un recrutement qui tient compte des bandes rivales.
C'est pendant cette période qu'arrive mon rapport d'inspection qui ravive les plaies. J'envoie un courrier de protestation et peu de temps après, je reçois un coup de fil de l'inspectrice qui cherche à minimiser ses critiques et me promet une tutrice, ce qu'elle n'a encore jamais fait pour personne (comme quoi c'était bien du vent, le jour de l'inspection). J'accepte. J'en ai bien besoin.
14 mai 2007
La tutrice
La grève est terminée, les cours reprennent et j'ai le privilège infini* de bénéficier d'une aide. Il s'agit d'une des conseillères pédagogiques du département. Elle vient me voir toutes les semaines avec la classe qui a bousillé mon inspection et moi aussi je viens la voir dans ses classes. Là il n'est plus question de me guider dans la réalisation de cours, mais uniquement dans la gestion de classe.
La situation est tendue avec cette classe de filles: je suis constamment sur les nerfs, je suis agressive et réponds sèchement à toute remarque, ce qui bien sûr les amuse et les incite à en rajouter. En plus, elles me désarçonnent. Petit à petit, je vais apprendre à me poser, à recadrer les discussions, à ne pas répondre aux questions hors-sujet, à m'adresser à toute la classe et pas seulement à celle qui m'écoute, à expliquer ce que je veux, à diriger, à plaisanter... Au bout de plusieurs semaines, je suis plus confiante et c'est avec plaisir que je les accompagne à une sortie en bicyclette. Bien sûr, tout ne se passe pas toujours comme je le voudrais et il y a encore beaucoup de moments difficiles. Mais les conseils qui me sont donnés me permettent au moins de diminuer le nombre de bavardages et d'empêcher les débordements.
*infini: l'inspectrice m'a dit qu'elle avait eu beaucoup de mal pour me trouver une tutrice et que c'était la première fois qu'elle faisait ça. Aujourd'hui, ce type d'aide est en projet pour les néotitulaires.
18 mai 2007
L'alcool
Bon, d'accord, ça ne fait pas très sérieux comme titre, mais quand je repense à cette année de néotitulaire, je dois bien avouer qu'il a été assez présent.
Tout le monde boit: je bois, certains élèves boivent, des collègues ont leur bouteille dans une armoire de leur atelier, un des CPE s'enferme dans son bureau pour boire, le menu prof de la cantine inclut un verre de vin...
Au début, je prenais mon verre de vin à la cantine, mais l'alcool à midi ne me réussit pas: je suis complètement HS, incapable de réagir aux bêtises des élèves. Donc je réserve ça pour le soir. En ce qui concerne le CPE, la seule fois où je le verrai, c'est pendant la grève. Ce type est complètement déprimé, noyé dans les problèmes des élèves. Le reste de l'année son bureau est fermé à clé et il faut glisser les rapports sous la porte (qui restent lettre morte).
Je me rappelle aussi une Galette des rois passée dans le bureau de l'adjoint. Nous avons fini la bouteille de champagne et c'est dans un état second que j'ai commencé ma séance de trois heures avec ma classe de filles, un vendredi après-midi. Je crois que j'ai sorti une phrase en une heure. Je n'ai fait qu'écrire au tableau, le temps d'atterrir. Je me rappelle que les élèves ont été calmes...
21 mai 2007
Sturm und Drang*
* Tempête et Passion.
Je ne suis pas au bout de mes émotions. Parmi les péripéties dont je me rappelle, il y a celles-ci:
Vendredi après-midi, à l'occasion de mes trois heures de suite avec ma classe de filles. La séance débute dans un brouhaha infernal que je n'arrive pas à contrôler. Je pique une crise de nerfs et fais sortir toutes les élèves. Je fonce vers le premier étage, là où se trouvent les bureaux de l'administration. Et là: personne. Pas de proviseur, pas d'adjoint, pas de secrétaire, pas d'intendant, pas de CPE. Rien. Toutes les portes sont fermées. Je redescends encore plus furieuse qu'à l'aller, les élèves m'attendent dans la cour et je leur gueule dessus Vous allez voir! le proviseur va vous remonter les bretelles! Le coup de bluff a marché parce que j'étais réellement en colère.
Enseigner à des Secondes que Cocteau était drogué et pédé, ça n'a pas vraiment plu à l'inspectrice (Vous comprenez, ils sont encore jeunes...), mais comme je suis dans un état proche de l'implosion, j'en rajoute une couche avec une nouvelle extraite de Venus erotica. J'ai choisi celle qui se contente d'être érotique et non pornographique (une histoire de grain de beauté obsédant). Ça marche très fort dans ma classe mixte; j'ai un vrai silence pendant qu'ils prennent connaissance de ces quelques pages, des volontaires pour lire, des élèves attentifs et sérieux et, en prime, un débat sur la perversion sexuelle, sans grivoiseries. Génial, me dis-je, je vais en faire profiter mes autres élèves! Comme je le pressentais un peu, ma classe de filles est nettement moins enthousiaste; j'en ai quelques-unes qui sont gênées... j'aurais dû écouter mon instinct et ne pas étudier ça avec elles. Je n'essaie même pas avec mes classes de garçons. Déjà qu'ils me déshabillent du regard...
Une autre fin de journée. Une élève revient en cours après avoir été chez le CPE. En entrant, elle m'invective: Mais qu'est-ce que c'est que ce bruit, on vous entend depuis le rez-de-chaussée! Vous ne tenez pas vos élèves ou quoi!? Rapport, convocation chez l'adjoint, où l'élève s'excuse en pleurant. Je suis chamboulée deux fois: par sa colère et par ses larmes...
Et enfin, le pompon: toujours dans ma classe de filles. Je suis en train d'écrire quelque chose au tableau quand tout à coup, j'entends un hurlement. Je ne réalise pas tout de suite que c'est dans ma salle que ça se passe. Je me retourne et vois une élève en train de courir dans la classe en hurlant et en se tenant le bas du ventre. Je regarde autour d'elle pour vérifier qu'il n'y a pas de guêpe en train de lui voler après. Non. Mais alors, qu'est-ce qui se passe? Une de ses camarades se lève et essaie de la calmer en la ceinturant par derrière. Entre-temps, les cris ont attiré pas mal de monde et j'ai un petit public qui s'est massé à la porte (des élèves, des profs...) mais personne n'ose entrer. Nous sommes tous pétrifiés. Soudain, l'élève se calme et s'assied. Ne vous inquiétez pas Madame, ça m'arrive de temps en temps, c'est rien. J'insiste quand même pour qu'elle aille voir l'infirmière. Je ne saurai jamais ce qu'elle a eu.







