De stagiaire IUFM à néotitulaire

mes souvenirs de débutante

20 juin 2007

Survivre dans un établissement difficile

J'inaugure ma rubrique "conseils" comme promis. Commençons par l'attitude à adopter dans une ZEP ou assimilé...

être pointilleux

Arriver à l'heure, finir à l'heure. Toujours avoir son matériel. S'il existe un plan de classe, s'y tenir. Toujours regarder ce que font les élèves (des fois ils dessinent sur les tables, les murs, écoutent leur MP3, répondent au téléphone, ont les pieds sur la chaise...) et les rappeler à l'ordre si besoin. Ne jamais abandonner cette lutte.

ne rien oublier

Ne jamais oublier ses cours, ses notes, son cartable, ses photocopies, ses préparations. Ne pas oublier de ramasser les devoirs à faire à la maison, ne pas oublier ce qu'on a dit (contrôles, barêmes, modifications diverses...) car les élèves n'oublient pas, eux! Même quand ils font semblant. Toujours faire ce qu'on a dit.

ne pas penser que les choses vont de soi

Vous pensez qu'il est évident de noter ses devoirs dans un agenda? Les élèves, non. Donc il faut prendre 5 minutes pour faire noter les devoirs (ainsi que les changements de salle, d'emploi du temps...) Il faut penser à expliquer certains mots ou certaines consignes et tout ce qui pourrait être mal interprété.

parler de ses difficultés aux collègues et au CPE

Parce que ça soulage et qu'on se rend souvent compte qu'on n'est pas seul(e). Cela permet aussi de mettre des stratégies en place, ou de récolter quelques conseils.

ne pas croire les collègues qui disent qu'avec eux tout va bien

C'est quelque chose qui m'a beaucoup minée lorsque j'étais débutante. Il y a aussi les collègues qui prétendent mettre à la porte tous les élèves qui les dérangent. C'est faux. Je me rappelle avoir essayé ce truc une année et j'ai été convoquée dans le bureau du proviseur qui m'a appris que nous étions trois seulement à exclure à tour de bras (et pas ceux qui me disaient le faire). Il y a aussi les collègues qui "avancent" dans leur programme, mais quand on voit les notes des élèves... c'est pas fameux!

exclure de cours, faire appel au chef d'établissement doivent être exceptionnels

Ces deux choses sont mal vues. Il faut vraiment essayer de régler les conflits seul ou avec les collègues/ le CPE. Commencer les sanctions par des punitions classiques (travail supplémentaire, noter dans le carnet, élaboration d'un tableau personnel avec mention de toutes leurs frasques...). Ecrire trop de rapports disciplinaires décourage ceux qui ont la charge de les traiter. Ils ont l'impression que vous n'y arrivez pas, quelle que soit l'aide qu'ils vous apportent (j'ai presque toujours eu de l'aide, ce qui m'encourageait en fait à poursuivre dans cette voie). Les CPE et les chefs d'établissement sont des êtres humains (si!!) et ils ont déjà beaucoup de travail dans les endroits difficiles, alors ne leur demandez pas de gérer des choses qui sont de votre ressort (je sais, c'est dur au début. Mais on peut y arriver)

tenir compte des mouvements d'humeur des élèves (leur parler)

Quand il y a une ambiance épouvantable avec les élèves, s'arrêter et parler. Pas tous les trois jours non plus, sinon vous perdez le peu d'estime qu'ils vous portent encore. Des fois ils disent des choses sensées... il faut savoir en tenir compte. J'avais la volonté d'être très dure à mes débuts, tout en étant très peu sûre de moi, ce qui fait que j'ai été injuste. Les "sanctions pour l'exemple" sont mal perçues et ne fait que transformer la classe en bloc uni contre vous. Il faut être juste.
Même avec des classes qui ne vous sont pas hostiles, il peut arriver qu'il y ait des crises et des mouvements d'humeur. Ça ne coûte rien d'en discuter 5 minutes. Ils peuvent alors vous demander de changer de chapitre, d'aborder certaines questions, de reporter un contrôle... Je réponds en général "je vais y réfléchir" et je leur donne une réponse dès la fois d'après. Toujours justifier ces décisions en tenant compte du fait que c'est vous qui maîtrisez l'aspect pédagogique (exemple: en effet, étant donné que vous avez déjà eu x devoirs la semaine dernière..., on pourra comme vous le suggérez parler des présidentielles lors de l'étude de l'argumentatif/ en ECJS...)

essayer de trouver des supports qui les intéressent

et qui vous intéressent aussi! En LP, la palette est assez large: tracts, articles de presse, documentaires TV, études sociologiques, romans... En écoutant les élèves discuter en début ou en fin de séance, ils peuvent inspirer les prochains cours. Et cela peut mener à lire des classiques.
J'avoue que ce n'est pas toujours évident! Ils se lassent vite et sont souvent découragés par des textes trop longs et/ou ardus.

savoir mimer la colère

Toujours avoir l'air de penser que ce que vous dites en ce moment est la chose la plus importante qui soit. Quand vous demandez le silence, il ne faut pas sourire. Il n'est pas nécessaire de crier (des fois, ça les fait rire: pas vraiment le but recherché!) Ne pas exagérer non plus le ton: pas la peine de prendre un air de tueur psychopathe lorsque vous demandez aux élèves de sortir leurs affaires.

savoir raconter des blagues (mais ne pas rire de ses propres blagues)

Pour détendre l'atmosphère. Si vous riez, les pimbêches de la classe vous prendront pour un(e) idiot(e). Il y a des garçons pimbêches.

présenter les punitions comme une chance de rattrapper ses mauvaises notes

C'est un truc qui marche avec les BEP (16-17 ans). Ils ont un esprit de compétition, même s'ils n'en ont pas l'air. Multiplier les notes, avec la garantie que les deux plus mauvaises ne compteront pas, est un argument qui leur fait toujours accepter de rendre un travail. Donc si un cours se transforme en foire, leur dire: "je vois qu'on ne peut pas continuer comme ça, de toute manière plus personne n'écoute mes explications, je vais donc vous demander de me rendre l'exercice et en fonction de vos résultats, je verrai s'il faut reprendre ces notions ou non. Ne vous inquiétez pas pour vos moyennes: vous savez que les plus mauvaises notes ne compteront pas, mais ceux qui ne me rendent rien auront zéro"
A condition de ne pas faire ça à tous les cours, ils acceptent. Ils se calment et travaillent. Selon votre humeur (ou la nature de l'exercice), vous pouvez accepter qu'ils s'entraident (en chuchotant) ou répondre à leurs questions.
Bien sûr, le jour du vrai contrôle, pas de bavardages!



Posté par stagiaire_iufm à 14:31 - Conseils - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    bravo
    Mettre des mots sur ce que l'on fait pour que ça se passe bien est aussi (plus ?) difficile que d'analyser un échec.
    Merci aussi

    Posté par June Prune, 02 octobre 2009 à 22:38

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