De stagiaire IUFM à néotitulaire

mes souvenirs de débutante

07 avril 2007

Début octobre

Je commence à comprendre ce qui ne va pas, mais ce n'est pas pour autant que je trouve le remède à ma mauvaise gestion des séances. On perd beaucoup de temps au début, car je n'arrive pas à mettre les élèves au travail, ce qui fait que j'accélère subitement le rythme le dernier quart d'heure pour finir coûte que coûte ce que j'ai prévu de faire. Je ne sais absolument pas comment faire pour vérifier que les notions ont été assimilées.
La classe est toujours aussi difficile, surtout les heures entre 10 et 12, entre le sport et le déjeûner. Ils sont affamés, fatigués, insupportables...

Beaucoup d'informations "pratiques" ne m'ont pas été données: comment faire pour exclure un élève de cours, quels sont les autres profs de la classe, qui sont les délégués, à quoi ressemble le réglement intérieur? Dans ma pochette d'accueil, il n'y avait que trois documents: mon emploi du temps, celui de la classe et le programme de la prérentrée. C'est tout. Avec quelques consignes orales

La seule personne à qui je peux parler de mes difficultés est ma conseillère pédagogique. Les formateurs IUFM vivent sur une autre planète: celle qu'ils sont quittée dans les années 1970, leur dernière période de contact avec des élèves. C'est choquant de constater que le seul soutien du débutant ne repose finalement que sur la bonne volonté d'une seule personne.

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14 avril 2007

La méthode hypothético-inductive

C'est LA méthode prônée par les nouveaux pédagogues. Cette méthode est d'ailleurs si prisée que nous sommes sélectionnés par un procédé très peu ressemblant: nous devons ingurgiter des tonnes de connaissances et les recracher avec le plus de précision posible le jour de l'examen, sous forme de dissertation en trois parties, trois sous-parties, dans la plus pure tradition jésuitique.

Puis, l'an II de la formation, comme l'a justement décrit un commentateur, nous sommes jetés dans le grand bain de l'enseignement et démerdieren Sie sich. C'est le grand jeu de la devinette hypothético-inductive. Seuls les meilleurs s'en sortent, comme aujourd'hui dans mes classes. Je ne vois pas comment on peut construire quoi que ce soit dans sa tête en ayant peu ou pas de repères...

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Première visite

Ça commence à aller un tout petit peu mieux à la mi-octobre. Les élèves se calment, travaillent davantage malgré mes faiblesses méthodologiques pour leur apprendre quelque chose; je me rends ainsi compte au bout de deux semaines que nombreux sont ceux qui ne connaissent absolument pas les notions dont je parle (alexandrins, quatrains, thème, champ lexical...). Néanmoins, malgré ces quelques cours qui se déroulent dans un calme relatif, je suis toujours dans le flou quand il s'agit de préparer mes séances: j'ai l'impression de ne rien savoir. J'ai tout le temps l'impression d'être en échec. Je ne trouve pas d'"activités" pour les élèves. Donc c'est le bordel. Donc je suis découragée...

C'est à ce moment que nos formateurs IUFM viennent voir comment se déroulent nos cours. Ma visite se passe mal. C'est celle que j'apprécie le moins qui vient me voir en premier. Ce qu'elle me reproche est au contraire loué par ma conseillère pédagogique: rester calme, suggérer plusieurs thèmes pour le travail d'écriture... Ce qu'elle propose de faire est bien trop long et compliqué à mettre en oeuvre. Et surtout, la remarque qui tue: on voit bien que tu débutes dans l'enseignement!

Dans l'ensemble, je trouve que ses commentaires sur mon cours ne s'attachent qu'à la surface des choses. Et en même temps, elle me propose un objectif pédagogique extrêmement complexe... Il est vraiment loin, le temps de leur enseignement!

Bref: aucun mot d'encouragement, aucune remarque positive ou utile.

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18 avril 2007

La formatrice de Français

Dès le début, elle nous a paru louche.

"Donnez-leur l'occasion de réussir quelque chose" nous a-t-elle conseillé pour la première évaluation. Nous avons donc concocté des épreuves simplissimes, que les élèves nous ont faites avec une foultitude de fautes d'orthographe. Alors déjà, il ne faut plus dire faute, mais erreur orthographique, le mot faute étant religieusement connoté. Soit. Mais que faire pour remédier à ça? Notre formatrice ne sait pas. Elle nous explique simplement que les élèves pourraient être traumatisés par la quantité de corrections en rouge dans leurs copies. Nous nous regardons avec incrédulité. Petit à petit nous comprenons le sens de son propos: après tout, l'orthographe n'est pas si importante! Voyant nos airs étonnés, elle se lance tout de même dans une réflexion sur les possibilités de remédiation. Ou plutôt, elle nous demande comment faire. Y a-t-il parmi nous d'anciens cancres en orthographe? Oui: moi. En Cinquième, j'avais régulièrement entre 0 et 5 sur 20 en dictée. Et ce qui m'a sauvée, ce sont les dictées hebdomadaires, la répétition incessante des règles d'accord des participes passés. Bien sûr, ma réponse ne plaît pas à ma formatrice. Et là, un camarade vient à ma rescousse. Sa grand-mère, paysanne, famille d'analphabètes, a également acquis une orthographe irréprochable grâce à la bonne vieille méthode: la dictée. La formatrice met fin au débat.
Conclusion: l'Education Nationale se fiche de l'orthographe (mais pas l'employeur. C'est ballot, hein?)

Après la première tournée de visites, nous commençons à nous demander si le discours rassurant sur nos compétences est en adéquation avec les rapports que les formateurs écrivent sur nous. Car certaines remarques nous inquiètent... Je commence sérieusement à me demander si je ne vais pas exploser un jour à l'IUFM et expliquer à la formatrice de Français que ses cours sont nuls, mais mes collègues m'en dissuadent.

Au cours suivant, nous commençons, comme d'habitude, par un tour de table. Chacun raconte sa petite semaine et la formatrice prend des notes. Frénétiquement. Je me demande ce qu'elle fait de tout ça. Puis, elle nous distribue une fiche avec des questions, dont une qui est mal formulée et que nous lui demandons de préciser. C'est alors qu'elle nous pose la question de savoir si c'est au contact de nos élèves que nous perdions nos capacités intellectuelles!
La matinée se termine par une remarque qui nous enchante: "bâtir une séquence, ce n'est pas quelque chose de bien difficile". Il doit effectivement y avoir quelque chose qui cloche avec nos capacités intellectuelles...

L'après-midi, nous sommes cinq. Les autres préfèrent sécher. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je n'en ai pas fait autant. La formatrice aimerait que nous fassions un bilan de notre formation à l'IUFM, et nous laisse un quart d'heure seuls pour nous concerter. Elle a dû entendre à travers les murs tellement nous avons hurlé. Ce que nous lui disons, c'est que nous regrettions de ne pas savoir où nous allions, et qu'on avait l'impression de ne rien faire. Nous aimerions travailler et avoir un cours. La formatrice a pris beaucoup de notes et a eu l'air de prendre toutes nos remarques en pleine figure.

En Histoire-Géo nous avons également droit de faire un premier bilan de la formation. Le formateur n'est certes pas parfait, mais un peu plus rigoureux dans ses conseils qui ne sont qu'individuels. C'est-à-dire que pendant les cours, nous planchons chacun sur nos propres séquences que nous lui demandons ensuite de revoir. Quoi qu'il en soit, nous commençons à prendre du recul par rapport à nos pratiques.

Mais ce qui me manque, c'est de ne pas pouvoir approfondir mon travail avec ma conseillère pédagogique. Nos emplois du temps ne sont pas compatibles et il faut prendre sur nos samedis pour travailler un peu. Je crois que nous sommes trois à avoir droit à ce privilège. J'ai encore un énorme besoin d'aide et celle que je reçois de l'IUFM est quasi nulle. A ce stade de l'année, je suis en colère contre ma conseillère que je ne trouve pas assez disponible!! Etant donné qu'elle est la seule à suivre mon évolution et à m'apprendre quelque chose, je suis en fait en colère contre ce système qui n'a pas été pensé pour accompagner efficacement l'enseignant stagiaire.


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19 avril 2007

On est bien seuls!

Fin octobre, je vois à peu près comment il faudrait faire pour mener efficacement mes cours, mais j'en suis bien sûr encore incapable. La perplexité des premières semaines est passée et on arrive à formuler quelques questions précises. Car jusqu'à présent, nous n'avions que quelques grands principes en main (les I.O., les documents d'accompagnement) et des interrogations très vagues et très vastes.
J'ai l'impression que tout le monde s'en moque et que nous sommes les seuls à réfléchir sur notre formation.

Je ne travaille que dans l'urgence car je n'arrive pas du tout à anticiper d'un cours sur l'autre ce que les élèves arriveront à faire ou à comprendre. Et comme il faut quand même pas mal de temps et de réflexion, j'y passe la moitié de mes nuits. Ma conseillère me propose bien de lui montrer mes progressions, mais je suis pour l'instant incapable d'en bâtir une, ce qu'elle interprète comme un abus. D'après les échos que j'ai, beaucoup de conseillers pédagogiques pensent que l'IUFM se décharge complètement sur eux en ce qui concerne notre formation. Mais oui! j'ai besoin qu'on me donne une direction où aller! J'ai besoin d'un modèle, d'une structure, d'un guide...

C'est étrange cette réticence de nos formateurs à nous donner des séquences toutes faites, alors que la plupart des stages du PAF (la formation continue) en proposent systématiquement. On ne peut pas mettre un ignorant complet dans une cabine de pilotage et lui demander de faire décoller l'avion sans rien lui expliquer, sous prétexte de libérer sa créativité ou je ne sais quoi. Nous devons tout trouver par nous-mêmes: comment intéresser les élèves, comment suivre leur rythme, comment les calmer, comment gérer les enfantillages, comment se débrouiller avec la vie scolaire, comment s'adapter à leur niveau, comment formuler les questions, les consignes, comment faire taire la classe, comment ne pas se disperser...

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20 avril 2007

Pourquoi le Français?

Pourquoi est-ce le cours de Français qui me met dans un tel état? Après tout, je suis prof de Lettres- Histoire- Géographie.

Parce que:
- J'ai une Maîtrise d'Histoire; je suis donc plus à l'aise dans cette discipline.
- J'aime beaucoup la Géographie, l'analyse spatiale, le traitement statistique de données et leur expression cartographique. J'adore fixer des heures durant une carte IGN et deviner à quoi peut bien ressembler le paysage (à chacun ses tares...)
- En LP, les BEP n'ont qu'une heure d'Histoire-Géo par semaine. Donc une fois qu'on a expliqué le "minimum vital" à la classe, étudié le document, l'heure est finie. Pas la peine de couper les cheveux en quatre.
- En revanche, en Français: je maîtrise mal certains contenus. Il faut remplir trois heures hebdomadaires avec pas mal de notions creuses, que je considère sans intérêt. Alors que le Français pourrait être tellement plus intéressant. Mais je ne suis pas assez à l'aise avec les programmes, la matière, les élèves, pour trouver quelque chose qui me conviendrait...

Posté par stagiaire_iufm à 19:05 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 avril 2007

Deuxième visite

Ma formatrice de Français me dit qu'elle reviendra me voir car, dit-elle, "si je dois faire mon rapport d'après ce que j'ai vu, ça ne joue pas en ta faveur". J'espère que ma conseillère pédagogique sera présente, cette fois.
En attendant, ses cours sont toujours aussi creux, se limitant à un résumé du Schmitt-Viala, Savoir-Lire, LA bible des nouveaux profs de Lettres. C'est bien la peine! On le connaît par coeur; il est indispensable pour réussir l'Epreuve sur dossier du CAPLP2. Elle n'a toujours pas compris que nous avons besoin de conseils pour mettre en oeuvre tous ces bons principes...

Quelques jours plus tard, elle appelle ma tutrice pour se plaindre de moi: je ne ficherais rien.

Finalement, la visite se passe bien. J'ai de bonnes idées, mais la gestion de la classe laisse encore à désirer. Cette fois, ma tutrice est présente et fait tout pour mettre en valeur les côtés positifs de ma séance.

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25 avril 2007

Novembre-décembre: toujours dans le brouillard

Je me sens de plus en plus démunie et en échec.
J'aimerais sortir une fois du cours et me dire qu'on a bien avancés. J'y perds mon enthousiasme et je passe mes soirées à déprimer. Je suis en train d'étudier une oeuvre complète (un livre, quoi) avec mes élèves, en suivant les préceptes de la pédagogie moderne, mais heure après heure, la "lecture plurielle" (cf Schmitt-Viala) me paraît creuse, sans intérêt. Pour me changer les idées, je lis le livre de Bertrand Schwartz, Moderniser sans exclure, et ses principes me parlent davantage: il faudrait partir de ce que les élèves aiment et connaissent pour arriver progressivement à prendre du recul et découvrir autre chose. Reste à mettre tout ça en oeuvre (ma grande faiblesse).

L'attitude de ceux qui nous forment commence sérieusement à m'agacer. A chaque fois que nous rencontrons un problème avec un élève, c'est de notre faute. Si nous n'arrivons pas à les faire taire, c'est de notre faute! Si nous n'arrivons pas à les intéresser, c'est de notre faute! Si nous faisions des cours intéressants, ils se tairaient...

Le calme dans une classe ne dépend pas de la qualité du cours.

En discutant avec des collègues plus expérimés, je me rends compte que les questions que je me pose et que les difficultés que je rencontre sont normales, qu'eux aussi ont fait des erreurs "de jeunesse". Seuls nos formateurs (au sens large) n'en ont apparemment jamais faites...

Je ne suis décidément pas de ceux qui apprennent en construisant leurs savoirs. J'ai besoin de m'imprégner de plusieurs façons de faire, pour pouvoir choisir et améliorer avec de l'expérience. J'ai besoin d'être accompagnée. L'IUFM ne nous entraîne pas à la conception de séances et de séquences, ou à la définition d'objectifs. Je le réclame à ma tutrice et ça l'agace. J'assiste bien à ses cours une fois par semaine, mais il me manque des séances ce qui fait que je ne dispose pas de toute la progression. Elle me demande de lui montrer mes progressions, mais pour l'instant, je prépare mes séances au fur et à mesure, sans vraiment y avoir réfléchi à l'avance. Je suis complètement paralysée face à la tâche et les relations avec elle se détériorent.

Posté par stagiaire_iufm à 14:11 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Formation générale

Nous nous déplaçons loin, loin pour assister à une réunion du même type que dans notre IUFM: le type "psychothérapie de groupe". Chacun raconte ses petits malheurs et à la fin, les formateurs sont vachement contents qu'on ait confirmé leurs théories!

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27 avril 2007

Nique ta mère

J'ai choisi pour cette séance un texte de NTM, histoire de partir de ce qu'ils connaissent.
Et bien, le moins que je puisse dire, c'est que ça a jeté un froid! Personne ne voulait lire le texte. Celui qui s'est dévoué baissait la voix dès que le ton devenait trop familier. J'ai ensuite été surprise par le fait qu'ils ne comprenaient pas le texte. Incroyable! Ils n'écoutent que ça, connaissent les paroles des rappeurs par coeur, mais n'en saisissent finalement que le plus caricatural (à bas les keufs, vivent les meufs).
Je suis un peu déçue par eux, mais pas eux par moi. Pendant l'interclasse, ils me posent plein de questions sur les études que j'ai faites, mon parcours, comment passer en première d'adaptation... Le cours se déroule bien, les élèves s'intéressent à ce que je raconte et m'écoutent silencieusement. Je quitte le cours contente, galvanisée par l'attitude positive des élèves.

Depuis ce jour, je n'ai qu'une crainte: les ennuyer.

Nous sommes en janvier et je mets désormais moins de temps pour préparre mes cours, trouver des objectifs, savoir où je veux en venir. Je bombarde moins mes élèves de documents, car j'ose enfin prendre le temps en cours, les laisser terminer un travail, les interroger davantage...

Il y aura même un jour où ils m'attendront tous devant la salle de classe!

Posté par stagiaire_iufm à 13:02 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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